Mon corps, souffre-douleur privilégié, compagnon intime, ami le plus présent, se révolte.

Mon corps me parle de moi

Je me consume à gérer tes silences, je m’épuise à réguler ta facilité à l’intériorisation, essayant de te faire comprendre combien je souffre.

De plaisirs fugaces en chagrins dévastateurs, de compromis en frustrations, de colères refoulées en hurlements contenus, tu me contrains à bien des maux faute d’extérioriser tes mots.

Fermé à mes sollicitations, tu fais de nous des experts en  troubles psychosomatiques : serrer les dents pour ne pas rugir, angoisses pour conjurer la peur, lumbagos pour supporter le poids des responsabilités, contraction des épaules et raideur du cou pour ravaler les larmes, surmonter l’humiliation et ne pas perdre le contrôle.

Dans ton extrême souci de l’autre que tu ne veux ni peiner, ni blesser, tu excelles en clémence par le mutisme, réprimant dans une inspiration des flux de mots cinglants, espérant ainsi ne pas succomber à la malveillance et me condamnant aux maux de ventre.

Pour ne pas te sentir coupable de défendre ton espace personnel et de revendiquer ton droit à une vie privée, tu te caches derrière la tolérance, l’ouverture et la compassion jusqu’à te laisser envahir par les exigences des autres. Depuis tu te plains de difficultés respiratoires et enchaînes rhumes, grippes, bronchites et sinusite.

Peiné d’être perçu comme susceptible et versatile tu préfères mésestimer ta relation aux autres, parasitée par tous ces non-dits, ces insatisfactions non-exprimées et ces situations  non-gérées, que tu te refuses à clarifier.

Vaillant petit soldat courbaturé, rêvant d’espace et de temps pour lui, tu ne t’autorises aucun repos, otage de ton besoin d’être aimé, d’être reconnu, scrupuleusement conforme à l’image attendue.

 Mon corps hurle

« J’en ai assez, tes silences m’étouffent. Tu m’as imposé tant de choses, tant de souffrance, d’irrespect, d’incapacité à dire non à la perversité ou à la méchanceté, qu’aujourd’hui je n’en peux plus. C’est moi qui te dis NON »

Programmé pour t’accompagner dans l’expression de tes émotions, j’ai dû me résoudre à t’aider à déculpabiliser.

Las de ta surdité,  je t’octroie l’indiscutable billet d’excuse, La Maladie, l’autorisation à dire « je ne peux pas plus », le droit à t’occuper de toi, sans infraction, le droit de ne pas en faire plus.

Si tu le veux je peux aussi t’aider à guérir. Soyons corps et âme.

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